Josef Ganz au volant du prototype Maikäfer
Contexte · 1923–1965

Josef Ganz et Tatra

Le constructeur automobile tchécoslovaque Tatra et son ingénieur en chef Hans Ledwinka traversent la vie de Josef Ganz comme un fil rouge : comme source d’inspiration, comme adversaire devant les tribunaux pendant huit ans, et enfin comme adversaire de Volkswagen dans une affaire où Ganz fut le témoin clé.

Une inspiration : le châssis à tube central de Ledwinka

À partir de 1923, la Tatra 11 de Hans Ledwinka fut construite avec un châssis à tube central et des essieux oscillants – une rupture radicale avec le châssis à échelle classique. Ganz connaissait cette conception depuis le siège du conducteur : dans les années 1920, il roulait, entre autres voitures, dans une Tatra à essieux oscillants, et en 1933 il se rendait encore aux manifestations dans sa propre Tatra. En 1929, il fit breveter un châssis reliant un cadre avant à un tube central arrière (DE 528 643) et qualifia les châssis tubulaires de « connus » dans le texte même du brevet. Son apport ne résidait pas dans le tube en tant que tel, mais dans l’association du tube central, de la suspension à roues indépendantes et d’un bloc moteur compact placé derrière les passagers, dans une voiture légère et abordable – d’abord dans le Maikäfer de 1931, puis dans le Standard Superior.

Une Tatra 11 de 1925
Tatra 11 (1925) à poutre centrale et demi-essieux oscillants (photo AlfvanBeem, Wikimedia Commons, CC0)
Une Tatra dans la neige à Francfort
Une Tatra à Francfort, Zeppelinallee, où habitait Josef Ganz (archives Schilperoord)

Un rival : Tatra contre Ganz, 1933–1941

En 1933, Tatra développa son propre petit prototype à moteur arrière, la V570, qui ressemblait de près au Standard Superior. Au même moment, le représentant de Tatra Paul Ehrhardt commença à revendiquer des droits sur les voitures à châssis à tube central, essieux oscillants et moteur arrière. En décembre 1933, Tatra accusa Ganz de contrefaire son brevet DRP 549 602 avec son brevet DRP 587 409 portant sur un bloc moteur. La plainte fut rejetée par l’Office des brevets de Berlin en mars 1934, puis en appel en mai 1934.

Prototype Tatra V570, 1933
Tatra V570, deuxième prototype, 1933 (Wikimedia Commons, domaine public)

Une seconde plainte, fondée sur le brevet Tatra DRP 469 644, traîna pendant des années. Craignant « un verdict défavorable », Standard arrêta la production du Superior en mai 1935. En juin 1941, le tribunal de Berlin trancha finalement en faveur de l’émigré Josef Ganz, et Tatra fut condamnée à lui verser plus de 4 000 Reichsmarks. Pour en savoir plus, voir la page Standard Superior.

La Tatra 77 au Salon automobile de Berlin de 1934

Au Salon automobile de mars 1934, Tatra présenta la Tatra 77 aérodynamique, dotée d’un moteur V8 refroidi par air placé à l’arrière. Hitler, admirateur de Tatra, demanda à Ledwinka de lui présenter la voiture le soir même à l’hôtel Kaiserhof. Ganz félicita Ledwinka sur le stand – puis lut dans la brochure de Tatra que la marque prétendait avoir été la première à proposer la voiture aérodynamique à moteur arrière. Dans Motor-Kritik, il répondit :

Une Tatra 77
Tatra 77 (archives Schilperoord)
„Der Prospekt der Tatra-Werke spricht davon, dass es diesen vorbehalten war, den Wagen der Zukunft, den Stromlinienwagen mit Heckmotor, zu bringen. Dazu war allerdings nötig, die deutschen Vorläufer totzuschweigen. Totkriegen lassen sie sich nämlich nicht.“
(« La brochure des usines Tatra affirme qu’il leur était réservé de proposer la voiture de l’avenir, la voiture aérodynamique à moteur arrière. Pour cela, il fallait toutefois passer sous silence les précurseurs allemands. Car on ne parvient pas à les faire disparaître. »)
— Motor-Kritik, mars 1934, cité dans Paul Schilperoord : Die wahre Geschichte des VW-Käfers (2011), p. 212

Tatra contre Volkswagen : Ganz, témoin clé

Après la guerre, Tatra poursuivit Volkswagen pour la contrefaçon d’une dizaine de brevets d’avant-guerre. En 1961, Ganz proposa son aide au président du directoire de Volkswagen, Heinrich Nordhoff : « Dans l’affaire Tatra, vous aurez certainement besoin à bord d’un pilote qui connaisse tous les récifs et tous les courants. » Ses études de brevets furent transmises au service des brevets de Volkswagen, et en octobre 1961 l’affaire tourna en faveur de Volkswagen. Lorsque la maladie empêcha Ganz de se rendre en Allemagne comme témoin, Volkswagen conclut un accord avec Tatra en août 1965 et acheta, pour un million de marks, une licence sur le brevet DE 636 633 – l’un des brevets que Tatra avait déposés en décembre 1932.

Sources

  • Paul Schilperoord : Die wahre Geschichte des VW-Käfers. Huber, Frauenfeld 2011, p. 176, 194, 203, 210–212, 266–267, 286–290 (édition anglaise : The Extraordinary Life of Josef Ganz).
  • Michael Graf Wolff Metternich : « Der streitbare Geist Josef Ganz ». Automobil Revue n° 41, 4 octobre 1990, p. 69.
  • Christof Vieweg : Die Akte Volkswagen. GeraMond, Munich 2014, p. 58.
  • Brevets DE 528 643 (Josef Ganz, priorité du 18 juin 1929) et DE 636 633 (Tatra-Werke AG, priorité du 18 décembre 1932).